Ouverture et tolérance pour une société démocratique
La journée de réflexion sur «la diversité des démocraties» organisée par le Groupe des Amis de la Francophonie (GAF), s’est tenue, ce jeudi 08 décembre à l’ucad II. Elle a été présidée par son excellence Mme Muriel Berset Kohen, ambassadeur de Suisse au Sénégal et présidente du GAF. Plusieurs panels se sont succédé. L’étude autour du sujet : «Sociétés multiculturelles : quelle place pour les communautés dans la démocratie ?», a été étalé par Christian Bouquet (France) et Antoine Messara (Liban). Ces deux experts ont montré au public le rôle joué par les différentes sociétés dans la démocratie. Raogo Antoine Sawadogo (Burkina Faso), président de l’association Labo Citoyennetés, a dirigé la partie académique de la réflexion.
Si les valeurs de la démocratie sont universelles et immuables, leurs traductions en modalités opérationnelles doivent refléter la diversité et l’originalité des communautés qui y adhérent. Le processus d’appropriation des valeurs démocratiques par des sociétés aux identités culturelles différentes renforce le caractère universel de la démocratie. Cet aspect unanime est aujourd’hui loin d’être vécu. Antoine Messara, membre du conseil constitutionnel au Liban, au cours de son exposé a clairement expliqué le rôle que doit jouer les communautés dans la démocratie. «Les communautés doivent avoir un gouvernement responsable et transparent devant leur parlement. Il leur faut une société civile active, un droit civil, politique et socio-économique pour que puissent se tenir aussi des élections libres et équitables», a dit d’emblée le juriste. Il a aussi expliqué que dans le respect des principes universels, les formes d’expression de la démocratie méritent de s’inscrire dans les réalités et spécificités historiques, culturelles et sociales de chaque peuple. La démocratie est fondée sur la reconnaissance du caractère inaliénable de la dignité et de l’égale valeur de tous les êtres humains. Pour M. Messara «n’importe qui, a le droit d’influer sur la vie sociale, professionnelle et politique et de bénéficier du droit au développement». L’autre expert, Christian Bouquet, vice-président de l’université Bordeaux 3 et délégué aux relations internationales, venu de la France va également aborder dans le même sens. «S’il est vrai que la France est un pays multiculturel, sa multicularité (sic) est mal assumée. Par voie de conséquence, notre démocratie (française) n’a pas encore clairement défini la place qu’elle réserve aux différentes communautés qui forment notre pays», a-t-il affirmé. La France semble aujourd’hui ne pas donner une idée de la place qu’elle réserve aux communautés dans la démocratie. Car, pour le spécialiste de géopolitique africaine, «en continuant aujourd’hui de refuser le droit de vote aux étrangers lors des élections locales et en raccompagnant chaque année hors de nos frontières trente mille étrangers en situation irrégulière, la France, mon pays, ne prouve pas son attachement démocratique».
«La démocratie est un combat qui ne s’achève jamais. Une société démocratique se caractérise par l’ouverture et la tolérance», avait dit Mamadou Seck, le président de l’assemblée nationale qui présidait la cérémonie d’ouverture de cette journée de réflexion. De ce point de vue, la démocratie doit évoluer et s’adapter aux réalités de son époque. Et selon plusieurs intervenants, la distinction des démocraties doit prendre en compte la diversité culturelle qui est une conséquence de l’évolution démographique, de la modernisation et de la mondialisation. Antoine Messara a aussi fait savoir que «la démocratie s’ouvre aux principes du respect de la dignité humaine. Elle dispose aussi de ressources et de ressorts propres à relever ce défi par des mécanismes permettant à chacun de faire comprendre sa pensée et sa situation lorsqu’une décision le concernant doit être prise». C’est tout un processus qui nécessite d’être suivi. Et M. Bouquet de dire que «parmi les modèles transplantés, la greffe de la démocratie considérée comme un modèle universel n’a vraiment pas pris sur le continent africain». D’après les experts de ce panel, en interrogeant l’histoire, l’on se rend compte que la démocratie a été rejetée dès le début des années 60 dans toute l’Afrique. On s’est basculé vers les partis uniques et réprimer toutes les oppositions. Ce qui donne à peine une trentaine d’années d’autocratie, de dictature... Au cours de cette journée de réflexion, la parole était aussi donnée au public qui a répondu en masse à cette rencontre. Dans son intervention, El hadj Malick Ndiaye, a d’abord parlé des médias occidentaux qui aujourd’hui tuent la démocratie. Il a cité l’exemple de la Côte d’Ivoire où l’occident a intervenu et facilité l’arrestation de Laurent Gbagbo (ancien président ivoirien, aujourd’hui entre les mains de la justice) sans se soucier de son état d’être humain. Il n’a pas aussi oublié d’évoquer les misères subies par les étudiants désireux d’aller poursuivre leurs études à l’étranger et qui sont souvent retenus pour faute de visa.
L’universalité n’existe que par la définition qu’on lui donne. Nombreuses sont les communautés qui vivent dans l’illusion selon laquelle la république équivaut à la démocratie ou encore à la laïcité, à l’égalité des sexes et même à l’universalité. Tolérance et dialogue peuvent être les principaux socles de la démocratie dans une société multiculturelle. Et sans doute, les peuples réclament une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient dans l’harmonie.
Jean Pierre Laurent Tambo Sambou
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